Au nom de
lAssociation des psychothérapeutes
psychanalytiques du Québec, il me fait plaisir
de vous souhaiter la bienvenue à ce colloque.
LA.P.P.Q.
vous propose aujourdhui dinterroger
les vicissitudes de la cure analytique et de
poser un regard critique sur lexpérience
singulière que fait vivre, à deux sujets, le
processus analytique. Pour nourrir notre
réflexion, ouvrons donc louvrage de Freud, La technique psychanalytique,
dans lequel il énonce les écueils de la cure et
nous invite à réviser ses données
scientifiques et à élaborer de nouvelles voies
de la thérapeutique analytique. Il écrit:
(Freud, 1904, p. 15) Mais nous sommes conscients
que nos efforts peuvent aussi aboutir à des
échecs et il ajoute: (Freud, 1910, p. 24).
Dans
les mêmes textes, Freud pose la question du
caractère de la résistance du malade. Elle
demeure lune des pierres angulaires de la
théorie freudienne et ses facteurs sont
multiples. Les participants nous proposeront
aujourdhui le récit de quelques-unes de
ces "cures_infernales" où lon
verra se déployer les stratégies défensives
des forces psychiques qui barrent la route au
processus de symbolisation. Dans larticle Lanalyse
avec fin et lanalyse sans fin,
Freud énonce encore: (1937, p. 236) Le colloque
aurait pu tout aussi bien sintituler:
limpasse analytique, car la
"cure_infernale" apparaît être celle
qui conduit lanalysant et lanalysé
vers une impasse, aux prises avec les forces
aveugles qui semparent du champ analytique
et peut faire dériver la cure dans une voie dans
issue.
Le
processus de la cure entraîne avec lui sa
portion de Réel, cest-à-dire ce qui nous
échappe, ce qui reste comme le dirait Lacan
(19??, p.2). Ce Réel génère nos questions.
Pourquoi interrompre la cure au moment où le
travail thérapeutique samorce bien?
Pourquoi cette thérapie piétine-t-elle?
Pourquoi sétire-t-elle en longueur? Que
faire de cette parole vide? De cette immobilité
du discours? Comment renverser ces en paroles?
Que faire de ce transfert amoureux qui, comme
lécrit Freud (1912, p. 52), Il ajoute:
(Ibid, pp 52-56) Et il poursuit: (Freud, 1914, p.
14). Cette perlaboration des résistances (Ibid,
p.115).
Les
deux règles analytiques placent
lanalysé(e) dans une épreuve de
frustration et de renoncement... Il se voit donc
imposer une règle de privation, lui/elle qui
venait en analyse avec un besoin intense de
satisfaction pulsionnelle. Quel malentendu!
Cest dans ce contexte quil faut
comprendre les mots de Natch: (Natch, 19??,
p.53). Lanalyse idéale existe, mais elle
demeure exceptionnelle. Si Freud a déjà dit que
la psychanalyse sadressait (Freud, 1981,
p.18), il ajoute devant ce champ
dapplication apparemment assez restreint de
la psychanalyse "quil y a cependant
bien assez de types et de cas morbides pour
lesquels ce traitement pourra être tenté (...)
et il ne serait pas du tout impossible que les
contre-indications cessassent dexister si
lon modifiait la méthode, de façon
adéquate, et quainsi puisse être
constituée une psychothérapie des
psychoses" (Ibid).
Ces
propos, bien surprenants, nous montrent bien
comment Freud ouvre la porte à des voies
nouvelles de la thérapeutique analytique et
comment il nous renvoie à la réalité de notre
pratique quotidienne. Nos bureaux et nos
institutions regorgent de patients dont les
déficits et les carences précoces rendent le
travail de la cure "infernal". La
diversité des constellations psychiques viennent
imposer des limites à lévolution et aux
transformations profondes. La dure réalité de
nos échecs nous oblige à réviser, dune
part, nos connaissances, nos habiletés et,
dautre part, notre technique analytique. Le
charme, la séduction et la magie du mythe
psychanalytique évoquent une certaine vision
avec laquelle nous devons rompre pour questionner
davantage notre rapport à la
"psychanalyse" et linvestissement
que nous faisons de cet idéal psychanalytique.
Pourquoi ce silence et ce sentiment de faute dès
que nous effectuons un "écart" par
rapport au cadre? Pourquoi cette vulnérabilité
face aux jugements de nos collègues qui mettent
en doute notre filiation psychanalytique dès que
nous aménageons des dispositifs thérapeutiques
que nous croyons mieux adaptés aux besoins des
patients? Lexpérience nous montre pourtant
quun usage rigide du cadre peut agir
souvent comme "un_surmoi_persécuteur"
qui viendrait inhiber lémergence dun
processus créateur entre lanalysant et
lanalysé.
Comme
la pratique en milieu institutionnel reflète la
réalité dun bon nombre dentre nous,
réfléchissons aux paroles de Freud qui viennent
consolider la place de la psychanalyse à
lintérieur de la structure
institutionnelle et faire évoluer les
mentalités vers une vision renouvelée de la
psychanalyse, en écrivant:
Je tiens
à examiner une situation qui appartient au
domaine de lavenir, mais qui, à mon
avis, mérite que nos esprits sy
préparent. Vous savez que le champ de notre
action thérapeutique nest pas très
vaste. Par rapport à limmense misère
névrotique répandue sur la terre, ce que
nous arrivons à faire est à peu près
négligeable. Les nécessités de
lexistence nous obligent à nous en
tenir aux classes sociales aisées, aux
personnes habituées à choisir, à leur
gré, leur médecin.
Admettons
maintenant que, grâce à quelque
organisation nouvelle, le nombre
danalystes saccroisse à tel
point que nous parvenions à traiter des
foules de gens. On peut prévoir,
dautre part, quun jour la
conscience sociale séveillera et
rappellera à la collectivité que les
pauvres ont les mêmes droits à un secours
psychique quà laide
chirurgicale. À ce moment-là, on édifiera
des établissements, des cliniques, ayant à
leur tête des médecins psychanalystes
qualifiés... ces traitements seront
gratuits. Peut-être faudra-t-il longtemps
encore avant que lÉtat reconnaisse
lurgence de ces obligations.
Nous
nous verrons alors obligés dadapter
notre technique à ces conditions nouvelles.
Nous
découvrirons probablement que les pauvres
sont encore moins que les riches disposés à
renoncer à leur névrose parce que la dure
existence qui les attend ne les attire guère
et que la maladie leur confère un droit de
plus à une aide sociale. Tout porte aussi à
croire que vu lapplication massive de
notre thérapeutique, nous soyons obligés de
mêler à lor pur de lanalyse une
quantité considérable de plomb de la
suggestion directe. Mais quelle que soit la
forme de cette psychothérapie populaire et
de ses éléments, les parties les plus
importantes, les plus actives demeureront
celles qui auront été empruntées à la
stricte psychanalyse dénuée de tout
parti-pris" (Freud, 1981, p. 140).
La
fidélité à lhéritage freudien nous lie
et nous oblige donc à maintenir notre pratique
analytique dans le milieu institutionnel.
Terminons en disant que, cette fois, notre
résistance sera au service de la psychanalyse...
RÉFÉRENCES
FREUD,
S. (1904). "De_la_psychothérapie",
in La technique
psychanalytique, Paris,
P.U.F., 1981, p. 15-18.
FREUD,
S. (1910). in La
technique psychanalytique,
Paris, P.U.F., 1981, p. 24.
FREUD,
S. (1912).
"La_dynamique_du_transfert" in La
technique psychanalytique,
Paris, P.U.F., 1981, p. 52-56.
FREUD,
S. (1914). in La
technique psychanalytique,
Paris, P.U.F., 1981, p. 114.
FREUD,
S. (1937). in Résultats,
idées, problèmes,
Paris, P.U.F., 1985, t. II, p.236.
FREUD,
S. (19??).
"Les_voies_nouvelles_de_la_thérapeutique_",
in La technique
psychanalytique, Paris,
P.U.F., 1981, p. 140.
LACAN,
J. , p. 2.
NATCH,
S. "Présence_du_psychanalyste",
Paris, P.U.F., p.53.