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Présentation 8e Colloque
Nicole Lanouette

Au nom de l’Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec, il me fait plaisir de vous souhaiter la bienvenue à ce colloque.

L’A.P.P.Q. vous propose aujourd’hui d’interroger les vicissitudes de la cure analytique et de poser un regard critique sur l’expérience singulière que fait vivre, à deux sujets, le processus analytique. Pour nourrir notre réflexion, ouvrons donc l’ouvrage de Freud, La technique psychanalytique, dans lequel il énonce les écueils de la cure et nous invite à réviser ses données scientifiques et à élaborer de nouvelles voies de la thérapeutique analytique. Il écrit: (Freud, 1904, p. 15) Mais nous sommes conscients que nos efforts peuvent aussi aboutir à des échecs et il ajoute: (Freud, 1910, p. 24).

Dans les mêmes textes, Freud pose la question du caractère de la résistance du malade. Elle demeure l’une des pierres angulaires de la théorie freudienne et ses facteurs sont multiples. Les participants nous proposeront aujourd’hui le récit de quelques-unes de ces "cures_infernales" où l’on verra se déployer les stratégies défensives des forces psychiques qui barrent la route au processus de symbolisation. Dans l’article L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Freud énonce encore: (1937, p. 236) Le colloque aurait pu tout aussi bien s’intituler: l’impasse analytique, car la "cure_infernale" apparaît être celle qui conduit l’analysant et l’analysé vers une impasse, aux prises avec les forces aveugles qui s’emparent du champ analytique et peut faire dériver la cure dans une voie dans issue.

Le processus de la cure entraîne avec lui sa portion de Réel, c’est-à-dire ce qui nous échappe, ce qui reste comme le dirait Lacan (19??, p.2). Ce Réel génère nos questions. Pourquoi interrompre la cure au moment où le travail thérapeutique s’amorce bien? Pourquoi cette thérapie piétine-t-elle? Pourquoi s’étire-t-elle en longueur? Que faire de cette parole vide? De cette immobilité du discours? Comment renverser ces en paroles? Que faire de ce transfert amoureux qui, comme l’écrit Freud (1912, p. 52), Il ajoute: (Ibid, pp 52-56) Et il poursuit: (Freud, 1914, p. 14). Cette perlaboration des résistances (Ibid, p.115).

Les deux règles analytiques placent l’analysé(e) dans une épreuve de frustration et de renoncement... Il se voit donc imposer une règle de privation, lui/elle qui venait en analyse avec un besoin intense de satisfaction pulsionnelle. Quel malentendu! C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les mots de Natch: (Natch, 19??, p.53). L’analyse idéale existe, mais elle demeure exceptionnelle. Si Freud a déjà dit que la psychanalyse s’adressait (Freud, 1981, p.18), il ajoute devant ce champ d’application apparemment assez restreint de la psychanalyse "qu’il y a cependant bien assez de types et de cas morbides pour lesquels ce traitement pourra être tenté (...) et il ne serait pas du tout impossible que les contre-indications cessassent d’exister si l’on modifiait la méthode, de façon adéquate, et qu’ainsi puisse être constituée une psychothérapie des psychoses" (Ibid).

Ces propos, bien surprenants, nous montrent bien comment Freud ouvre la porte à des voies nouvelles de la thérapeutique analytique et comment il nous renvoie à la réalité de notre pratique quotidienne. Nos bureaux et nos institutions regorgent de patients dont les déficits et les carences précoces rendent le travail de la cure "infernal". La diversité des constellations psychiques viennent imposer des limites à l’évolution et aux transformations profondes. La dure réalité de nos échecs nous oblige à réviser, d’une part, nos connaissances, nos habiletés et, d’autre part, notre technique analytique. Le charme, la séduction et la magie du mythe psychanalytique évoquent une certaine vision avec laquelle nous devons rompre pour questionner davantage notre rapport à la "psychanalyse" et l’investissement que nous faisons de cet idéal psychanalytique. Pourquoi ce silence et ce sentiment de faute dès que nous effectuons un "écart" par rapport au cadre? Pourquoi cette vulnérabilité face aux jugements de nos collègues qui mettent en doute notre filiation psychanalytique dès que nous aménageons des dispositifs thérapeutiques que nous croyons mieux adaptés aux besoins des patients? L’expérience nous montre pourtant qu’un usage rigide du cadre peut agir souvent comme "un_surmoi_persécuteur" qui viendrait inhiber l’émergence d’un processus créateur entre l’analysant et l’analysé.

Comme la pratique en milieu institutionnel reflète la réalité d’un bon nombre d’entre nous, réfléchissons aux paroles de Freud qui viennent consolider la place de la psychanalyse à l’intérieur de la structure institutionnelle et faire évoluer les mentalités vers une vision renouvelée de la psychanalyse, en écrivant:

Je tiens à examiner une situation qui appartient au domaine de l’avenir, mais qui, à mon avis, mérite que nos esprits s’y préparent. Vous savez que le champ de notre action thérapeutique n’est pas très vaste. Par rapport à l’immense misère névrotique répandue sur la terre, ce que nous arrivons à faire est à peu près négligeable. Les nécessités de l’existence nous obligent à nous en tenir aux classes sociales aisées, aux personnes habituées à choisir, à leur gré, leur médecin.

Admettons maintenant que, grâce à quelque organisation nouvelle, le nombre d’analystes s’accroisse à tel point que nous parvenions à traiter des foules de gens. On peut prévoir, d’autre part, qu’un jour la conscience sociale s’éveillera et rappellera à la collectivité que les pauvres ont les mêmes droits à un secours psychique qu’à l’aide chirurgicale. À ce moment-là, on édifiera des établissements, des cliniques, ayant à leur tête des médecins psychanalystes qualifiés... ces traitements seront gratuits. Peut-être faudra-t-il longtemps encore avant que l’État reconnaisse l’urgence de ces obligations.

Nous nous verrons alors obligés d’adapter notre technique à ces conditions nouvelles.

Nous découvrirons probablement que les pauvres sont encore moins que les riches disposés à renoncer à leur névrose parce que la dure existence qui les attend ne les attire guère et que la maladie leur confère un droit de plus à une aide sociale. Tout porte aussi à croire que vu l’application massive de notre thérapeutique, nous soyons obligés de mêler à l’or pur de l’analyse une quantité considérable de plomb de la suggestion directe. Mais quelle que soit la forme de cette psychothérapie populaire et de ses éléments, les parties les plus importantes, les plus actives demeureront celles qui auront été empruntées à la stricte psychanalyse dénuée de tout parti-pris" (Freud, 1981, p. 140).

La fidélité à l’héritage freudien nous lie et nous oblige donc à maintenir notre pratique analytique dans le milieu institutionnel. Terminons en disant que, cette fois, notre résistance sera au service de la psychanalyse...

RÉFÉRENCES

FREUD, S. (1904). "De_la_psychothérapie", in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1981, p. 15-18.

FREUD, S. (1910). in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1981, p. 24.

FREUD, S. (1912). "La_dynamique_du_transfert" in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1981, p. 52-56.

FREUD, S. (1914). in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1981, p. 114.

FREUD, S. (1937). in Résultats, idées, problèmes, Paris, P.U.F., 1985, t. II, p.236.

FREUD, S. (19??). "Les_voies_nouvelles_de_la_thérapeutique_", in La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1981, p. 140.

LACAN, J. , p. 2.

NATCH, S. "Présence_du_psychanalyste", Paris, P.U.F., p.53.

 

Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec