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Le travail de la mort dans la psychose
Robert Pelsser

"Les instincts sont des êtres mythiques, à la fois mal
définis et sublimes. Tout en ne pouvant jamais cesser
d'en tenir compte au cours de notre travail, nous ne
sommes pas certains de les bien concevoir
."

Freud, 1933, p. 125

"Si les psychanalystes étaient capables d'entendre ce
que leur maître a dit de l'instinct de mort, ils sauraient
reconnaître qu'un accomplissement de la vie peut se
confondre avec le vœu d'y mettre un terme
."

Lacan, 1966, p. 754

Le concept de pulsion de mort est remis en cause par de nombreux analystes; le motif semble en être simplement la difficulté de théoriser ce concept sur le plan métapsychologique; en effet, les manifestations de la pulsion de mort sont nombreuses, voire évidentes sur le plan clinique. Freud est très clair à cet égard, de sorte qu'il est étonnant que certains analystes puissent remettre l'existence même de la pulsion de mort en cause. C'est probablement ici que s'applique de façon exemplaire le mot de Freud (repris à Charcot): "La théorie, c'est bon, mais ça n'empêche pas d'exister" (Freud, 1893, p. 63); ce n'est pas parce que le concept de pulsion de mort est difficile à théoriser que l'existence de quelque chose qui pourrait s'appeler ainsi peut être contestée.

Comment expliquer que le concept de pulsion de mort puisse soulever de telles résistances? Il est possible d'invoquer différents motifs à cet égard.

L'angoisse de la mort est bien réelle chez l'individu, mais elle soulève immédiatement des défenses importantes, de sorte que Freud souligne: "Dans l'inconscient, chacun de nous est persuadé de sa propre immortalité" (Freud, 1915a, p. 254), ou encore: "Notre inconscient a, aujourd'hui, aussi peu de place qu'autrefois pour la représentation de notre propre mortalité" (Freud, 1919, p. 195). Freud revient régulièrement sur cet aspect de non-représentabilité (Unvorstellbarkeit) de notre propre mort: désir narcissique de toute-puissance, d'invulnérabilité, désir d'échapper aux lois de la nature, à la logique du vivant.

Il faut voir là une explication du refus du concept de pulsion de mort; en effet, le sujet tolère difficilement la représentation de sa propre mort, si ce n'est à travers la réaction et le regard de l'autre; comme le disait Woody Allen: "Le seul problème avec ma mort, c'est que je ne serai pas là pour y assister", ou encore un patient ayant des fantasmes de suicide: "J'aimerais voir la tête des autres pour savoir comment ils vont réagir quand ils me trouveront mort".

Letarte (1984) commente avec justesse: "Ne peut être représenté dans l'inconscient que ce qui est, ce qui a été perçu (...). La représentation de notre non-être n'est pas possible car c'est le vide, le non-cernable" (p. 28). Lorsque nous évoquons notre propre mort, nous nous mettons à la place du spectateur et non de la personne morte (c'est-à-dire nous-même). L'auteure explique: "Pour l'inconscient, la mort, la perte de moi-même, n'est pas représentable. Je ne puis imaginer que la perte, la destruction des gens que j'aime. C'est donc à partir du modèle de la mort des autres, ou de ma mort pour les autres qui auraient tant de chagrin (...) que je vais tenter de me représenter l'irreprésentable" (p. 29).

Il est trop facile de rejeter le concept de pulsion de mort sous prétexte que celui-ci correspondrait au pessimisme fondamental de Freud, influencé par une pensée victorienne typiquement conservatrice, ou encore sous prétexte qu'il vit la mort dans son corps et dans sa vie -- il devient vieux et a vécu des deuils -- , ou enfin sous prétexte qu'il est déçu de la nature humaine après avoir constaté les conflits sociaux et les guerres. Freud avait déjà prévu cette objection facile: "Ce qui nous amena à admettre la présence, chez l'homme, d'un instinct d'agression et de destruction, ce ne furent ni les enseignements de l'histoire, ni notre propre expérience de vie, mais bien certaines considérations générales suggérées par l'observation de deux phénomènes: le sadisme et le masochisme" (Freud, 1933, p. 137). Le concept de pulsion de mort s'est en effet imposé à Freud à partir de considérations cliniques et non à partir de spéculations abstraites, même s'il qualifie la pulsion de mort d'"être mythique et grandiose".

FREUD: LA PULSION DE MORT

Si nous considérons les textes de Freud, nous constatons que la pulsion de mort peut prendre trois visages distincts, mais néanmoins étroitement reliés.

1. La compulsion de répétition

La pulsion de mort se traduit par la compulsion de répétition. Freud s'était déjà interrogé à ce sujet dans L'inquiétante étrangeté. Il écrit à propos de la répétition de l'identique: "Dans l'inconscient psychique règne (...) un "automatisme de répétition" qui émane des pulsions instinctives, automatisme dépendant sans doute de la nature la plus intime des instincts, et assez fort pour s'affirmer par-delà le principe de plaisir. Il prête à certains côtés de la vie psychique un caractère démoniaque (...)" (Freud, 1919, p. 190).

Freud revient sur la question dans son texte majeur Au-delà du principe du plaisir. La pulsion de mort est à la base de la compulsion de répétition: désir de répéter certaines expériences apparemment agréables, mais encore davantage désir de répéter certaines expériences pénibles et désagréables, indépendamment du principe de plaisir. Il indique: "La tendance à la reproduction ne peut être inhérente qu'à ce qui est refoulé dans l'inconscient" (Freud, 1920, p. 23). Il souligne à propos de personnes victimes du destin: "Certaines personnes donnent, en effet, l'impression d'être poursuivies par le sort, on dirait qu'il y a quelque chose de démoniaque dans tout ce qui leur arrive, et la psychanalyse a depuis longtemps formulé l'opinion qu'une telle destinée s'établissait indépendamment des événements extérieurs" (Ibid., p. 26). Il s'agit de "l'éternel retour du même" qui se manifeste par le fait que l'individu "se comporte comme quelqu'un qui n'a pas su profiter des leçons du passé: il tend à reproduire cette situation quand même, et malgré tout, il y est poussé par une force obsédante" (Ibid., p. 25-26).

Freud conclut à propos de la destinée (Schicksal) de tels individus: "On ne peut s'empêcher d'admettre qu'il existe dans la vie psychique une tendance irrésistible à la reproduction, à la répétition, tendance qui s'affirme sans tenir compte du principe du plaisir, en se mettant au-dessus de lui" (Ibid., p. 27). La répétition du même est évidemment apparente à travers le transfert au cours de la cure analytique.

2. L'agressivité: le masochisme et le sadisme

Si la pulsion de mort implique dans l'esprit de Freud une tendance à l'autodestruction, cette thèse l'amène à modifier sa théorisation concernant le rapport entre le sadisme et le masochisme, et particulièrement à introduire la notion de masochisme primaire au sens où le masochisme serait la tendance fondamentale chez l'individu, le sadisme n'étant qu'une forme dérivée. Il note: "Le sadisme n'est à proprement parler qu'un instinct de mort que la libido narcissique a détaché du Moi et qui ne trouve à s'exercer que sur l'objet" (Freud, 1920, p. 68). Le sadisme ne serait rien d'autre qu'une dérivation vers l'objet du masochisme de base qui, s'il restait totalement dans le Moi, entraînerait l'autodestruction du sujet.

Freud examine en détail le rapport entre sadisme et masochisme -- agressivité orientée vers autrui et agressivité orientée vers soi -- dans son article sur Le problème économique du masochisme (1924). Il résumera lui-même ce texte parfois contesté dans une note ajoutée (en 1924) aux Trois essais sur la théorie de la sexualité: "J'ai été amené à reconnaître l'existence d'un masochisme primaire -- érogène -- à partir duquel se développent ultérieurement deux autres formes: le masochisme féminin et le masochisme moral. Le retournement, contre la personne propre, du sadisme qui n'est pas employé dans la vie est à l'origine du masochisme secondaire qui vient s'ajouter au masochisme primaire" (Freud, 1905, p. 173, note 24).

Freud continuera à soutenir l'idée d'un masochisme primaire; il la réaffirme dans les Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1933): "Le masochisme est plus ancien que le sadisme (...). Le sadisme est la pulsion de destruction dirigée vers le dehors" (p. 138).

Il faut rappeler ici les considérations de Freud sur la mélancolie considérée comme "une pure culture d'instinct de mort" (Freud, 1923a, p. 227); en effet, dans la mélancolie, une partie du moi s'acharne contre l'autre, ce qui laisse entrevoir la relation entre le Surmoi et la pulsion de mort. L'équilibre entre l'agressivité dirigée vers soi et celle dirigée vers autrui est également remis en question. "Tout se passe comme si nous étions contraints, pour ne pas céder à la tendance d'autodestruction, pour éviter notre propre destruction, de détruire gens et choses" (Freud, 1933, p. 139). Freud (1923a) souligne également dans Le moi et le ça: "C'est un fait remarquable que moins l'homme devient agressif par rapport à l'extérieur, plus il devient sévère, c'est-à-dire agressif dans son Surmoi" (p. 228); dans le même ordre d'idées, le Surmoi peut être considéré comme une partie de la pulsion de mort dirigée contre le sujet lui-même et non détournée vers le monde extérieur.

Freud accordera constamment beaucoup de poids à la pulsion de destruction "tournée vers l'extérieur ou vers l'intérieur". Il souligne que "la haine, en tant que relation à l'objet, est plus ancienne que l'amour" (Freud, 1915b, pp. 42-43), et que "l'agressivité constitue une disposition instinctive primitive et autonome de l'être humain" (Freud, 1927, p. 77).

Il souligne que la pulsion de vie et la pulsion de mort peuvent travailler de façon conjuguée ou antagoniste. Les manifestations de l'Éros sont "évidentes et bruyantes", alors que l'instinct de mort "travaille silencieusement, dans l'intimité de l'être vivant" (Freud, 1927, p. 74). La pulsion de mort, difficile voire impossible à percevoir, "devient précisément sensible et frappante" (Ibid., p. 74) lorsqu'elle se rattache à la pulsion d'amour; les deux pulsions s'unissent dans des associations diverses, comme dans le sadisme et le masochisme.

3. L'inorganique et la régression

Freud décrit dans Abrégé de psychanalyse l'aboutissement de la théorie des pulsions: "Après de longues hésitations, de longues tergiversations, nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux pulsions fondamentales: l'Éros et la pulsion de destruction (...). Le but d'Éros est d'établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver: c'est la liaison. Le but de l'autre pulsion au contraire est de briser les rapports, donc de détruire les choses. Il nous est permis de penser de la pulsion de destruction que son but final est de ramener tout ce qui vit à l'état inorganique et c'est pourquoi nous l'appelons aussi pulsion de mort." (Freud, 1940, p. 8).

La pulsion de mort vise à "briser les rapports", à "détruire les choses"; Thanatos pourra apparaître comme destruction de soi ou d'autrui, comme destruction en douceur ou destruction violente, dans des manifestations cliniques de différents ordres.

Freud écrivait également dans un texte récapitulatif: "Il devient vraisemblable que l'on ait à reconnaître deux sortes de pulsions correspondant aux processus antagonistes de construction et de destruction dans l'organisme. Les premières pulsions, qui au fond travaillent sans bruit, poursuivraient le but de conduire à la mort l'être vivant, et mériteraient par là le nom de "pulsions de mort" (...). Les autres seraient les pulsions libidinales, sexuelles ou de vie, mieux connues de nous par l'analyse, la meilleure acception les regroupant étant celle d'Éros, et leur dessein serait d'élaborer à partir de la substance vivante des unités de plus en plus grandes (...). La vie serait faite des manifestations du conflit ou de l'interférence des deux sortes de pulsions" (Freud, 1923b, p. 77).

Freud décrit dans ces textes une opposition entre pulsion de vie et pulsion de mort sur la base des processus de liaison en des ensembles de plus en plus grands, ou de déliaison des ensembles en des éléments de plus en plus restreints; d'une part force de progression, et d'autre part force de régression.

Les instincts, entendus au sens organique, ont un caractère conservateur: "Ils tendent vers la régression, vers la reproduction d'états antérieurs", et "l'être vivant élémentaire serait très volontiers resté immuable dès le début de son existence, il n'aurait pas mieux demandé que de mener un genre de vie uniforme, dans des conditions invariables" (Freud, 1920, p. 48). La pulsion de mort participe d'une telle force d'inertie et de résistance: "Si nous admettons, comme un fait expérimental ne souffrant aucune exception, que tout ce qui vit retourne à l'état inorganique, meurt pour des raisons internes, nous pouvons dire: la fin vers laquelle tend toute la vie est la mort; et inversement: le non-vivant est antérieur au vivant" (Ibid., p. 48).

La pulsion de vie "tend à conserver la substance vivante et à l'agréger en unités toujours plus grandes", alors que la pulsion de mort est à l'opposé, "tendant à dissoudre ces unités et à les ramener à leur état le plus primitif, c'est-à-dire à l'état inorganique" (Freud, 1927, p. 73).

Freud donne comme exemple de liaison et de dissolution opérées par les pulsions de vie et de mort certains phénomènes se produisant dans la société. La pulsion de vie "voudrait, à ce titre, réunir des individus isolés, plus tard des familles, puis des tribus, des peuples ou des nations, en une vaste unité: l'humanité même", mais la pulsion de mort, "la pulsion agressive naturelle aux hommes, l'hostilité d'un seul contre tous et de tous contre un seul s'opposent à ce programme de la civilisation" (Ibid., p. 77).

La pulsion de mort se ramène ainsi à trois aspects fondamentaux:

1. la répétition du même, de l'identique, la compulsion de répétition;

2. la destruction d'abord tournée vers soi, et ensuite vers autrui; et

3. la tendance à l'immobilisme, à la régression, à l'inorganique: la dissolution, la déliaison des choses.

 

LACAN: LA MORT ET LE LIEU DE L'AUTRE

Le concept de pulsion de mort peut être situé en rapport avec la question du lieu de l'Autre dans l'œuvre de Lacan. Le lieu de l'Autre peut être entendu comme un ordre antérieur et extérieur au sujet, qui en quelque sorte lui échappe et le dépasse. Il peut s'agir de ce qui est le plus profond, le plus archaïque au sein du sujet, ou encore de ce qui est le plus élevé, le plus transcendant. Freud note dans son essai sur Le moi et le ça (1923a): "Ce n'est pas seulement ce qu'il y a de plus profond en nous qui peut être inconscient, mais aussi ce qu'il y a de plus élevé" (p. 195) -- phrase étonnante qu'on peut mettre en rapport avec le concept lacanien du lieu de l'Autre.

L'Autre, qui fonde et transcende le sujet, est à entendre dans trois sens différents (Chemama, 1993):

1. Le lieu de l'Autre désigne d'abord l'Autre Scène (die andere Schauplatze), en ce sens que l'individu est toujours un sujet barré et le jouet d'un ailleurs, toujours indéterminé, voire surdéterminé par quelque chose de totalement autre, dépassant la relation de soi à soi et de soi à autrui. Lacan affirmera en ce sens que l'inconscient est le discours de l'Autre ou que le désir est le désir de l'Autre, formules à entendre en donnant au génitif "de" son double sens (Benveniste, 1962): discours ou désir portant sur l'Autre ou provenant de l'Autre.

Lacan (1966) défend une position radicalement anticartésienne lorsqu'il affirme: "Je pense où je ne suis pas, donc je suis où je ne pense pas (...), je ne suis pas, là où je suis le jouet de ma pensée; je pense à ce que je suis, là où je ne pense pas penser" (pp. 517-518); dès lors, le sujet est toujours ailleurs que là où apparemment il se donne à voir; il n'est maître ni de la signification, ni de la vérité, même s'il s'efforce de l'être.

2. Le lieu de l'Autre désigne ensuite le registre symbolique, c'est-à-dire celui qui définit l'être humain en tant qu'humain et le fait passer de l'animalité à l'humanité, de la nature à la culture; un tel registre symbolique implique la présence de certaines règles; les plus typiques sont les règles linguistiques (Saussure), mais les règles d'organisation familiale et sociale fonctionnent sur le même modèle (Lévi-Strauss).

Lacan considère le langage comme le paradigme de l'univers symbolique; en effet le symbolique peut se définir à partir de cinq critères:

  1. la perte, l'absence ou le manque;
  2. la séparation, la distinction, la différenciation ou l'opposition;
  3. la représentance ou la référence entre deux éléments;
  4. le sens ou la signification;
  5. les règles, l'ordre ou la structure.

Le langage, en tant qu'exemple type de l'ordre symbolique, réunit ces critères:

  1. le mot signifie la perte et l'absence de la chose; Lacan (1966) indique: "Le symbole se manifeste d'abord comme meurtre de la chose" (p. 317); "l'être du langage est le non-être des choses" (p.627);
  2. les mots de la langue se distinguent et s'opposent les uns aux autres à partir de phonèmes élémentaires (par exemple: câble, fable, sable, table);
  3. les mots sont constitués d'un signifiant et d'un signifié renvoyant l'un à l'autre et indissociables l'un de l'autre;
  4. les mots ont une ou plusieurs significations plus ou moins arrêtées (par exemple, les figures de style: métaphore et métonymie);
  5. la langue fonctionne selon des règles précises (morphologie, syntaxe) qui varient d'une langue à l'autre.

L'ordre symbolique, à savoir les règles de la vie individuelle, familiale et sociale, fonctionne selon les mêmes critères (Pelsser, 1993).

3. Le lieu de l'Autre renvoie enfin à ce qui échappe au sujet et, en tant que tel, il désigne le lieu du tiers, de l'absence, de la perte, du manque, non seulement du manque à avoir, mais plus fondamentalement du manque à être (au sens où l'entend Lacan). L'existence de l'Autre signifie que la satisfaction totale et immédiate (appelée jouissance par Lacan) est impossible, que la fusion, la non-distinction, la non-différenciation sont interdites.

La présence du Tiers, de l'Autre, introduit la coupure entre le sujet et l'autre. Lacan a tenté d'articuler cette question sous le concept de Nom-du-Père, celui-ci entraînant une séparation radicale entre la mère et l'enfant qui voudraient tous deux satisfaire le désir de l'autre. Il sera dès lors impossible que l'enfant reste le tout de sa mère, ou inversement que la mère devienne le tout pour lui. Le père, dans sa fonction symbolique, indique à la mère porteuse: "Non, tu ne réintégreras pas ton produit!" (Lacan, 1957-58, p. 186)

Si l'inconscient est le discours de l'Autre et si le désir est le désir de l'Autre, le sujet humain reste marqué fondamentalement par le manque à être: perte, absence; dès lors, le sujet est soumis au maître absolu, la mort, qui représente l'actualisation de toute perte, de toute absence.

La pulsion de mort, en tant qu'elle désigne la nécessité de la perte et de l'absence (vivre, c'est mourir quotidiennement et progressivement), est présente dès la naissance puisque le sujet est soumis à l'Autre et déterminé par lui: quelque chose lui échappe et est à jamais perdu. La perte est incontournable: perte toujours définitive de l'objet, mais que le sujet cherche toujours à surmonter, à dénier; perte de la satisfaction totale et immédiate qui laisse un creux, un trou au sein de l'être.

La présence de la mort au cœur du sujet renvoie finalement à la nécessité d'accepter le manque à être, l'existence de l'Autre. Le désir et le langage, dans la mesure où ils sont fondés sur l'absence de l'objet, actualisent tous deux la mort: le sujet ne peut jamais rejoindre l'Autre et se confondre avec lui (si ce n'est en cas de forclusion). Le sujet, en tant que barré, ne peut jamais être tout à fait lui-même, puisqu'il est soumis à l'Autre; son désir ne lui appartient pas pleinement, puisqu'il s'agit du désir de l'Autre, désir qui porte sur un au-delà et provient d'un ailleurs; son discours ne lui appartient pas pleinement, puisqu'il s'agit du discours de l'Autre, discours qui porte sur un au-delà et provient d'un ailleurs. Le sujet reste le jouet de l'Autre, mais doit malgré tout en arriver à trouver des raisons de vivre, malgré ce manque douloureux au cœur de son être.

L'être humain est ainsi soumis à la mort -- il s'agit d'un être pour la mort (ein Sein zum Tode), dirait Heidegger -- puisqu'il est dès l'origine marqué par la perte, par le manque, qui tout au long de l'existence le tenaille, le taraude; se séparer, c'est mourir un peu; perdre, c'est mourir un peu, abandonner une partie de soi, habituellement la plus chère; l'objet perdu n'acquiert de valeur que du fait d'être perdu, puisque auparavant il était pris pour acquis... et de ce fait considéré comme sans grande importance.

La mort est le maître absolu, disent Hegel et Lacan, en ce sens que tous les êtres humains sont égaux devant la mort: séparation définitive et perte totale. L'être humain garde au fond de lui-même une dette symbolique vis-à-vis du maître absolu, la mort, et il devra tôt ou tard payer son tribut à l'Autre, en donnant son corps et son âme. La vie elle-même n'est tolérable que parce que le narcissisme a des limites.

Lacan fait ce commentaire dérangeant: "Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir, bien sûr; ça vous soutient. Si vous n'y croyiez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie?... La vie est toujours l'aboutissement de quelque chose qui d'abord est frayage de sens. La meilleure façon de commencer à lui donner un sens, ce n'est pas de croire que c'est elle qui est le sens; il arrive qu'elle soit l'aboutissement du sens... Le sens, la caractéristique de l'acte en tant que tel, c'est d'exposer sa vie, de la risquer; ça en est strictement la limite. La vie, pour qui pense et sent un peu, n'a strictement qu'un sens: vouloir la jouer. Ce dont il s'agit, c'est de la jouer, c'est du pari; hors du risque de la vie, il n'y a rien qui à ladite vie donne un sens." (1972, pp. 8-11)

VIGNETTES CLINIQUES

Je présenterai maintenant des fragments d'histoire clinique de deux patients psychotiques qui se sont suicidés: d'abord une femme souffrant de dépression psychotique et ensuite un adolescent souffrant de schizophrénie.

Mélanie

Une femme de quarante-deux ans est hospitalisée après une tentative de suicide grave; en fait, elle a voulu se suicider après avoir injecté une dose importante d'insuline à ses deux enfants: une fille de quinze ans et un garçon de dix-sept ans; sa fille est morte et son fils s'en est tiré. La patiente a déjà pratiqué la médecine, mais en raison de certaines difficultés (abus d'alcool, erreurs de traitement), elle a été radiée, quelques années auparavant, de la Corporation des médecins. Par ailleurs, elle a été abandonnée, également quelques années auparavant, par son mari qui menait une vie d'artiste quelque peu bohème.

Pendant toute la période où je verrai la patiente (presque trois ans), elle aura une attitude extrêmement morbide face à la mort: les idées suicidaires seront insistantes, mais présentées avec une sorte de détachement, et presque avec le sourire (de sorte qu'on pourrait parler de dépression souriante).

La patiente sera souvent butée au cours des entrevues, présentant une hostilité sourde à notre égard, se montrant même ouvertement moqueuse, hostile ou insultante. La mort sera présentée comme une délivrance, un état de nirvana. Même si l'affect sous-jacent est une sorte de désespoir profond, la patiente cherchera constamment à se présenter avec une élégance dans l'habillement et une recherche dans le discours; elle se présente sous les dehors d'une personne sans problèmes et répète constamment au début des entrevues: "Tout va bien", mais parle régulièrement de projets suicidaires à la fin; elle cherche manifestement à donner le change.

Elle sera hospitalisée à quelques reprises au cours des trois années (pour des périodes d'un ou deux mois). L'idée de la mort sera manipulée de façon régulière, comme une chose presque banale.

La patiente éprouve un sentiment de vide; elle fuit les gens et les choses et sort très peu de la maison; elle est déprimée, mais ne présente ni perte de poids, ni perte de sommeil. Elle se sent par moments "dans la lune, dans la brume", dans une sorte d'état second, et se dit contente de nous rencontrer: "C'est ici que je viens raisonner". Elle semble pleine de bonnes intentions: "Auparavant, ma façon de vivre m'amenait à la mort; maintenant, je me force pour agir autrement." Mais les ruminations suicidaires reviennent de façon récurrente et dangereuse.

Elle ressent une culpabilité intense en raison de l'homicide de sa fille; elle nous montre une photo pour démontrer que sa fille lui ressemblait physiquement; elle entrevoit comme seule "réparation" possible de "payer de sa personne" pour l'acte commis, de se suicider pour rejoindre sa fille ("elle est bien où elle est"), mais elle ne peut se décider à abandonner son fils, même si elle se rend compte que celui-ci n'a plus vraiment besoin d'elle; de tels propos font toujours craindre une issue dramatique, mais la patiente sera maintenue autant que possible dans son milieu naturel (donc ni à l'hôpital, ni en détention).

La patiente avoue: "Je porte un masque; je suis dans le néant; les gens se font une fausse idée de moi". Elle a rompu toutes les relations avec ses amies parce qu'elle a l'impression "que les gens la jugent", et elle ajoute: "Moi aussi, je me juge; il n'y a que le juge qui ne m'ait pas jugée" (parce que celui-ci ne lui a pas infligé une sentence d'emprisonnement).

Elle fuit la réalité et note: "Je ne suis pas là, je suis partie"; elle cherche à éviter les autres, face auxquels elle ressent une culpabilité écrasante: elle a l'impression que "tout le monde est au courant de son histoire" puisqu'ils ont pu lire les journaux; elle cherche à s'occuper et va temporairement faire du bénévolat à un endroit nommé La porte du ciel, qui reçoit et héberge des personnes âgées malades; elle relève l'ironie de ce nom puisqu'elle ressent elle-même une sorte d'intimité, de familiarité avec la mort.

La patiente avoue un jour ne savoir que faire: "Si je ne pense pas à ma fille, je me sens coupable de ne pas y penser; si j'y pense, je me sens aussi coupable; je ne me trouve pas acceptable; je me dégoûte de ce que j'ai fait".

Elle écrit régulièrement des textes plus ou moins poétiques dans lesquels elle traite de la mort; elle accepte de m'en laisser lire quelques-uns.

Se laisser glisser, couler au fil de la vie, au fil de la mort.

Oh! douceur, oh! calme.

Tout est si beau, si simple; il suffit de vouloir retrouver la paix, le bonheur, la sérénité, l'harmonie.

S'en aller, se perdre, se retrouver.

L'esprit reste là et nous pouvons nous rencontrer, nous parler, nous toucher.

Au delà de nos corps, au delà de nos silences, au delà de nos vies.

Tout devient si lumineux, si léger; pourquoi devons-nous parler pour nous comprendre; écoutons-nous en silence.

Je peux te deviner; tu peux me deviner. Nous pouvons vivre ensemble et nous regarder simplement.

Se retrouver dans l'autre et se retrouver soi-même.

Nous fermerons les yeux et nous sentirons les choses; nous nous enlacerons comme jamais.

Pourquoi avoir peur de la paix, du bonheur; la mort est un passage qui nous délivre. La vie est lourde et pénible; aimons-nous l'une à travers l'autre sans juger; tâchons de nous pardonner.

Tout est grâce, langueur et longueur de vivre et de mourir.

La patiente reconnaît parfois que "ça ne marche pas du tout" et envisage comme solution de "tuer une personne malheureuse" (à savoir elle-même).

Quelques souvenirs d'enfance seront évoqués, mais de façon fugace et réticente: la patiente s'est sentie mal aimée, voire rejetée par ses parents; elle avait un frère jumeau qui est mort peu après la naissance; comme elle avait une relation conflictuelle avec sa mère, celle-ci lui répétait parfois: "C'est toi qui aurais dû mourir à la place de ton frère!" Par ailleurs, elle a été abusée sexuellement par son père au moment de l'adolescence et ne savait alors comment se défendre contre ses caresses et ses attouchements; elle a l'impression d'être foncièrement "mauvaise" et désire se punir en disparaissant.

La patiente finit par se suicider alors qu'elle aura évoqué dans les dernières entrevues qu'elle se sent dans une impasse: elle ne veut pas aller en prison parce qu'elle ne se perçoit pas comme "une criminelle"; elle ne veut pas qu'on lui impose des conditions de probation (activités communautaires: faire du bénévolat dans un esprit de réparation); elle ne veut pas être hospitalisée parce qu'elle estime "n'avoir rien de commun avec les autres patients". Elle est morte après s'être injecté une dose massive d'insuline et avoir absorbé des antidépresseurs.

Raymond

Un adolescent de dix-sept ans est amené à l'hôpital par ses parents. Depuis plusieurs mois, il est extrêmement agressif envers eux, allant jusqu'à les bousculer et les frapper; les parents craignent qu'il ne fasse "une gaffe" au cours de la nuit ou s'il est laissé seul à la maison (entendons qu'il tente de se suicider ou qu'il saccage la maison et y mette le feu). Par ailleurs, l'adolescent tient des propos extrêmement violents à l'endroit de la société ambiante, menaçant de "descendre quelques personnes dans le métro" ou de mettre le feu à des maisons avoisinantes.

Il a lu les Manifestes du surréalisme d'André Breton (1965) et s'en réclamera pour justifier une sorte de violence verbale et physique. "Ce n'est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l'imagination" (p.14). "L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule" (p. 78).

Le tableau clinique de l'adolescent confirmera la présence d'un processus schizophrénique qui s'est installé progressivement; l'adolescent a toujours été d'un naturel plutôt timide, mais depuis deux ans, il rapporte que "ses amis rient de lui parce qu'il n'est pas capable de se faire une amie". Par ailleurs, à certains moments, l'adolescent dit entendre des bruits étranges, sinon suspects, des voix humaines, et il ordonne aux membres de la famille de se taire lors des repas pour tendre l'oreille. Il se plaindra de "la pollution par le bruit" et des parasites qui créent des interférences et ne sont pas sur la même fréquence (entendons également les personnes parasites dans la société).

L'adolescent a un comportement de plus en plus inquiétant depuis deux ans: il a un humour de plus en plus étrange, tantôt incompréhensible, tantôt cynique, de sorte que ses blagues n'incitent pas à rire. Il s'est présenté au spectacle de fin d'année en secondaire IV portant une corde au cou, ce qui a provoqué un malaise dans l'assemblée (il voulait "jouer le rôle du mort, parce que c'est très vivant"). Se rappellant cet événement, il aura ce mot: "Quand tu vis, t'as la corde au cou... jusqu'à la fin; j'étais à bout... au bout de la corde; tu ne sais pas quand c'est la fin du spectacle".

Il a fait deux tentatives de suicide plus ou moins sérieuses avant la consultation: une fois en absorbant tous les médicaments trouvés dans la maison, une autre fois en se tailladant les bras dans le sens de la longueur ("ça coule plus vite!"); les motifs des tentatives de suicide n'ont pu être établis de façon sûre; il s'agit d'actes impulsifs survenant de façon inattendue et inexplicable.

L'adolescent est grand et mince; il a les cheveux complètement rasés et la barbe mal faite; il a une démarche rigide et les yeux fixes. Il explique au cours des entrevues subséquentes qu'il a complètement changé, qu'il n'est plus le même; il veut être "l'homme nouveau" et ne plus être "le petit garçon à papa et à maman"; il a voulu "se refaire un nom" en se faisant raser la tête et en se laissant pousser la barbe; ces signes extérieurs dénoteraient une métamorphose profonde ("je suis un mutant", dit-il). Il veut "être quelqu'un, être lui-même".

Il estime avoir une mission à accomplir parce que "le système doit être nettoyé de la pollution": il y a des choses, mais aussi des personnes qui nuiraient à la pureté, à "l'ordre naturel". Il considère qu'il est de son devoir de "poser des gestes concrets", puisque "c'est normal, ce n'est rien que juste". Une force obscure le pousse à vouloir être "justicier, redresseur de torts".

Il nous avouera plus tard qu'il se promène parfois avec un fusil à canon scié, caché sous ses vêtements, parce que certaines personnes "louchent" et le regardent "d'un air louche" dans la rue et dans le métro. L'adolescent en aura long à dire au sujet d'une petite communauté religieuse de femmes vivant dans un immeuble voisin; il se demande "si ces femmes sont animées par l'Esprit saint ou si elles sont plutôt les suppôts de Satan". Le ton de voix est clairement menaçant; nous apprendrons plus tard que l'adolescent a tenté de mettre le feu à l'immeuble en question parce qu'il voulait "purifier la terre par le feu".

L'adolescent est plus ou moins désœuvré, restant seul à la maison et écoutant de la musique Heavy Metal dont les messages lui apparaissent "inspirés et diaboliques", ou se promenant sans but précis en ville, voyant à peine les passants qu'il heurte d'ailleurs à l'occasion.

Le garçon a des rapports extrêmement conflictuels avec ses parents (tout comme d'ailleurs avec sa sœur cadette); il a abandonné l'école il y a un an parce que ses résultats scolaires étaient devenus pitoyables; ses parents n'acceptent pas qu'il reste inactif et s'enferme à la maison; le garçon considère ses parents comme "sans cœur" de ne pas vouloir "s'occuper de leur enfant". Il menace de "donner une volée" à son père et à sa mère et les qualifie de "gros con et grosse conne".

L'adolescent ne se présente pas à ses rendez-vous pendant dix mois et je n'aurai aucune nouvelle de lui jusqu'au jour où je rencontrerai les parents, un peu par hasard; ils m'annoncent à ce moment que leur fils s'est suicidé: il s'est pendu dans la cabane du jardin (rappel de la corde au cou du spectacle étudiant). Ils se rendent compte à ce moment combien leur garçon était "malade", alors qu'ils avaient tendance auparavant à mettre son abandon scolaire, sa passivité et sa violence sur le compte de la paresse et de la révolte adolescentes.

Le psychotique, plus que tout autre être humain, est victime de la pulsion de mort; il veut éventuellement se donner la mort non parce qu'il ne tolère pas la vie, mais plutôt parce qu'il ne tolère pas l'idée de la mort: la nécessité de l'incomplétude, de la finitude. La meilleure façon à ses yeux de mettre fin à "son ineffable et stupide existence" (Lacan, 1966, p. 549), à sa vie absurde parce que mortelle, c'est de se donner la mort, ce qui équivaut à se faire à soi-même un cadeau bien particulier.

L'expérience psychotique est à situer au plus près de la pulsion de mort. Cette assertion peut s'entendre dans le contexte de la théorie de Freud comme de celle de Lacan sur la pulsion de mort.

L'insistance de la pulsion de mort dans l'existence du psychotique est perceptible -- sous un angle freudien -- dans le fait que le psychotique est piégé dans la répétition du même, de l'identique, qu'il est happé dans les mouvements de destruction (de soi et de l'Autre), qu'il glisse vers l'immobilisme, la régression, la déliaison, ou encore -- sous un angle lacanien -- dans le fait que le psychotique est entièrement sous l'emprise de l'Autre, voulant le dénier ou se confondre avec lui, voulant prendre la place du maître absolu pour donner un nouveau sens et un nouvel ordre aux choses et au monde.

Le psychotique, en raison de son mode de fonctionnement psychique, met en évidence de façon criante l'œuvre de la pulsion de mort. L'emprise de la pulsion de mort sur la vie du psychotique aura quelque chose de démoniaque comme l'entend Freud, au sens où le psychotique est aux prises avec des forces qui le dépassent et l'entraînent vers la répétition de l'identique, vers l'autodestruction violente ou progressive, vers l'inorganique. Les symptômes psychotiques indiquent clairement la présence de processus mortifères dans sa vie, et ce jusque dans son corps: apathie, anhédonie, sentiments de vide et de routine.

Freud mentionne: "C'est uniquement le facteur de la répétition involontaire qui nous fait paraître étrangement inquiétant ce qui par ailleurs serait innocent, et par là nous impose l'idée du néfaste, de l'inéluctable, là où nous n'aurions autrement parlé que de "hasard"" (1919, p. 189). C'est là que s'observe le travail de la mort chez le patient psychotique: il est inéluctablement, lentement mais sûrement, entraîné vers la mort psychique, voire physique.

Lucie Cantin indique: "Si nous définissons la pulsion comme la réponse du sujet à la demande de l'Autre, alors la pulsion de mort constituerait ce mode particulier de réponse par lequel le sujet est tout entier sacrifié à l'Autre. Dire que le psychotique est aux prises avec la pulsion de mort, c'est désigner ce que nous constatons dans la clinique, à savoir que le psychotique est l'objet de la jouissance de l'Autre" (1991, p. 27). Le terme jouissance doit être entendu au sens juridique: comme le droit et l'action d'user, de se servir, de disposer d'une chose sans en avoir cependant la propriété (cf. Le grand Robert). L'expression jouissance de l'Autre est à entendre dans un double sens, comme ce qui fait jouir l'Autre et ce dont le sujet jouit.

Le psychotique est totalement victime et soumis à quelque chose qui le dépasse, tout comme il souhaite connaître la satisfaction totale et immédiate. Il est prêt à s'asservir à l'Autre dans le but de trouver une vie pleine et entière mais, en fin de compte, au risque et au prix de sa propre vie.

L'impossibilité de la jouissance est impensable pour le psychotique (Apollon, 1985); il ne peut imaginer que la satisfaction ne puisse être totale et immédiate, et dès lors qu'il doive renoncer, perdre ou, en d'autres mots, abandonner la proie pour l'ombre, se satisfaire de perfectibles au lieu de posséder la perfection de la jouissance.

Si le psychotique veut jouir de l'Autre, et ainsi se situer au lieu de l'Autre et se confondre avec lui, il risque aussi d'être victime de l'Autre dont il devient le jouet. L'Autre deviendra un objet persécuteur, intrusif et destructeur en raison de ses exigences implacables et constantes. La pulsion de mort aura une totale emprise sur le sujet qui ne pourra échapper à la mainmise terrifiante de l'Autre sur sa vie quotidienne, et elle l'entraînera inéluctablement vers la mort psychique ou physique.

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Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec