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Entre séduction et pulsion de mort:
le masochisme

Martin Gauthier

AVANT-PROPOS

En décembre 1963, Donald Winnicott écrit à un collègue. Il lui parle d'un rêve "of special importance", dit-il. Ce rêve a permis d'éclaircir un élément dont le mystère n'avait pu être percé dans ses deux analyses antérieures, élément qui se traduit par le sentiment de pouvoir avoir la tête ouverte d'avant en arrière sans danger, par quelqu'un qui y retirerait quelque chose -- est-ce une tumeur, un abcès, une suppuration? -- ressenti derrière la base du nez.

Le rêve n'est pas un cauchemar et se développe en trois parties. Dans la première, il y a destruction absolue du monde, un monde dont le rêveur fait partie. Winnicott est donc lui-même détruit. Dans la scène qui suit il y a aussi destruction absolue, mais cette 2fois le rêveur est l'agent destructeur. Voilà un problème pour le moi: comment intégrer ces deux volets de la destruction?

Dans la troisième partie, Winnicott rêve qu'il se réveille. Un rêve dans le rêve, voilà ce que deviennent les deux premières parties. "J'étais éveillé, dans le rêve, écrit Winnicott, et je savais avoir rêvé d'être détruit et d'être l'agent destructeur. Il n'y avait pas de dissociation, de sorte que les trois je étaient en contact l'un avec l'autre" (Winnicott, 1989, p. 229, ma traduction).

Winnicott se réveille enfin réellement, avec un mal de tête aigu, a splitting headache. Il lui faudra se souvenir du rêve et rassembler les parties clivées pour que la céphalée disparaisse rapidement.

Cet épisode balise un sentier qui mènera cinq ans plus tard à une communication inestimable: "The Use of an Object and Relating through Identifications" (Winnicott, 1975).

LE MASOCHISME ORIGINAIRE

Si le travail analytique cherche à mettre en lumière les jouissances les plus secrètes, il en est peu qui fassent autant problème que les jouissances masochistes. Freud y a vu ultimement un obstacle majeur, sinon le principal obstacle à la cure analytique, un témoin du jeu déstructurant de la pulsion de mort. C'est dire combien nous abordons ici une contrée obscure tant les notions mêmes, celles de pulsion de mort, d'Éros et de masochisme, ont pris des sens variés et contradictoires. Mais voyons-y aussi une invitation à considérer le caractère fondamental du masochisme et à retourner aux sources de la pulsion et du moi.

Il y a lieu de distinguer deux formes de masochisme: l'une primaire, essentielle à l'établissement du moi; l'autre, secondaire, caractérisant la défense masochiste telle qu'on la retrouve cliniquement sous différentes configurations névrotiques ou perverses. Cette distinction, que j'aimerais esquisser avec vous à traits schématiques, me permettra d'insister sur le rôle important joué par l'objet secourable dans la construction du monde interne. Le masochisme secondaire s'organisera, à l'inverse, comme une solide défense pour le moi en désaide, sans possibilité cependant d'utilisation de l'objet.

Vous comprendrez, je veux le souligner, que le masochisme pervers n'est qu'une organisation spécifique de ce que je regroupe sous la dénomination de masochisme secondaire. J'emploierai tout au long de ma communication le terme de masochiste dans le sens plus général de celui ou celle présentant une défense masochiste telle que je la définirai plus loin. C'est le rôle constitutif du masochisme qui m'intéresse aujourd'hui dans les conditions de secours ou de détresse.

Commençons donc par le masochisme primaire ou originaire, ce qui nous situe au plus près du thème de la pulsion de mort. Vous savez combien cette notion de pulsion de mort a eu des destins variés parmi les psychanalystes, allant de l'indifférence et du rejet à divers usages et définitions. La pulsion de mort des kleiniens, par exemple, axe central de tout l'édifice théorique, y apparaît ramenée à une pulsion agressive opposée à la pulsion libidinale. Le pas que Freud se gardait de faire est ici franchi allègrement, tout en effaçant toute différence de fonctionnement entre les deux grands groupes de pulsions. L'exigence qui anime Freud lorsqu'il remanie sa théorie des pulsions en 1920 s'éclaire toutefois si le regard épouse l'évolution de sa pensée, comme le fait Jean Laplanche dans ses travaux. Cette exigence, c'est la nécessité de réaffirmer le caractère radical, irréductible de la pulsion, un mouvement visant à la déliaison, à la décharge complète de l'excitation. Avec l'introduction du narcissisme en particulier, Freud avait sapé non seulement les fondements dualistes de sa théorie pulsionnelle, mais plus encore, la sexualité perdait peu à peu son caractère d'inconciliable, d'étrangeté au profit des forces de liaison. En concevant la pulsion de mort, en faisant de celle-ci l'essence première du conflit, en opposant dès l'origine ces deux Titans, pulsion de mort et pulsion de vie, Freud vient donc rappeler l'irréductibilité de la sexualité et les fondements conflictuels de l'appareil psychique. Ce dualisme pulsion de mort/pulsion de vie sous-tend le conflit entre deux régimes économiques, l'un visant à la décharge totale des énergies et au nirvana d'une absence d'excitation, l'autre cherchant à lier et à maintenir un gradient énergétique. Ces mouvements de décharge et de liaison seront transformés par le travail du masochisme.

Le problème du masochisme est une question centrale que Freud abordera avant et après le carrefour de 1920. L'évolution la plus manifeste sera le renversement complet des rapports du masochisme au sadisme: de secondaire au sadisme, le masochisme deviendra primaire, se faisant même parfois, sous la plume de Freud, synonyme de la pulsion de mort. Mais le texte de 1924, "Le problème économique du masochisme", permet de bien suivre les distinctions à maintenir quant aux processus impliqués. Freud avait déjà soulevé en 1915 la question d'un masochisme primaire; il y revient en 1924 en interrogeant les temps d'émergence de la sexualité. Il évoque d'abord la "co-excitation libidinale" où "l'excitation sexuelle apparaît comme effet marginal dans une grande série de processus internes, dès lors que l'intensité de ces processus a dépassé certaines limites quantitatives" (Freud, 1992, p. 15). Ce modèle de l'étayage lui paraît cependant insuffisant pour rendre compte des rapports entre sadisme et masochisme. C'est ainsi que le conflit entre les deux grandes pulsions, celles de vie et de mort, puisant dans la biologie et la constitution, devient l'axe de toute l'argumentation subséquente. Vous vous souviendrez que Freud décrit alors différents destins de la pulsion de mort: l'organisme s'en accommode soit en la faisant dériver vers les objets du monde extérieur, soit en la liant libidinalement à l'intérieur. Ce mouvement contre soi, associé à une liaison de la pulsion, constitue le masochisme érogène originel. La dérivation vers l'extérieur peut par ailleurs rester libre -- c'est la pulsion de destruction, pulsion d'emprise ou volonté de puissance -- ou être liée par la libido pour devenir le sadisme proprement dit. Freud fait du masochisme érogène primaire l'essence du masochisme et le définira comme "une condition posée à l'excitation sexuelle" (Ibid., p. 13).

Sans pouvoir développer longuement ce thème, j'aimerais néanmoins vous soumettre l'idée qu'il faille voir sous ce masochisme érogène primaire le processus même de constitution du monde interne. S'inscrit dans le mouvement de retournement sur soi une première liaison pulsionnelle qui fonde ce qui sera ultimement le moi-instance. En termes familiers, ceci se traduit par une idée assez simple: il faut tolérer la douleur pour penser, pour fantasmer. Bâtir un contenant suppose une souffrance, une prise en soi. Jean Laplanche insistera ainsi sur l'effraction du fantasme comme première douleur psychique. Benno Rosenberg parle de son côté du masochisme gardien de la vie. Le masochisme maintient une première stase énergétique et permet une élaboration interne de la pulsion. Nécessaire à la constitution de l'appareil psychique, obstacle à une déstructuration incessante, il signe une première activité moïque de liaison en réponse à la passivité primaire devant l'émergence pulsionnelle. Cette activité est en fait corrélative à l'avènement du champ sexuel qui n'existe que par et dans ce conflit princeps entre décharge et liaison face à l'énigmatique.

Énigmatique, car tout ce modèle ne trouve sa véritable substance qu'en intégrant l'objet, même si je me suis jusqu'ici attardé aux mouvements internes du sujet. C'est l'objet qui présente l'énigme d'où se déploie la pulsion. Pour l'enfant, l'adulte se pose en séducteur, un séducteur lui-même agi par une sexualité qui le dépasse. En reconnaissant l'impact de la sexualité de l'adulte sur l'enfant, nous affirmons aussi l'importance de toute la structure psychique dans et par laquelle cette sexualité prend forme. Nous pouvons ainsi concevoir tant le rôle séducteur, traumatique -- toujours! -- et antihoméostatique de l'objet que son rôle liant ou contenant, homéostatique. Ce double rôle reprend, au niveau de l'objet, le conflit interne entre décharge et liaison. En termes plus simples: tolérer la douleur ne se fait pas sans aide. Nous rencontrons alors des situations où l'objet secourable vient soutenir le masochisme originaire de l'enfant dans sa fonction de liaison et d'établissement d'une enceinte interne, et des situations où au contraire le désaide et l'effraction priment. Ce dernier état sera notre fil conducteur pour tenter d'éclaircir le masochisme secondaire.

DÉSAIDE ET MASOCHISME SECONDAIRE

Dès les premières pages de son "Esquisse d'une psychologie scientifique", Freud décrit la douleur comme le phénomène capable de mettre en échec le fonctionnement psychique. Elle forme, dira-t-il, "le plus impérieux de tous les processus", frappant "à la manière d'un coup de foudre" (Freud, 1956, pp. 326-327). L'organisme n'a alors d'autre choix que de fuir ou, si c'est impossible, de mettre en branle la défense primaire que Freud différencie du refoulement et qui correspond à un non-investissement ou à un désinvestissement des représentations douloureuses. Le patient masochiste ne semble cependant pas fuir la douleur, il semble au contraire la rechercher, y baigner. Quel diable est venu dérégler le bon fonctionnement du modèle? Ce sont de telles situations cliniques où le démoniaque rôde qui ont conduit précisément aux réflexions sur la pulsion de mort.

En poursuivant mon approche sous l'angle non pas strictement de la pulsion mais aussi du moi, j'aimerais regrouper ces configurations cliniques sous la bannière du masochisme secondaire. Je ne reprendrai pas les différentes formes du masochisme décrites par Freud, mais souvenons-nous que dans les formes secondaires un retournement contre soi du sadisme s'allie au masochisme primaire. Il m'apparaît fructueux de comprendre ce second masochisme comme un mode défensif caractéristique d'un stade antérieur à celui du refoulement, venant souvent permettre et soutenir l'établissement du refoulement. Nous nous situons donc toujours dans des enjeux de constitution du moi, même si nous abordons ici manifestement des temps ultérieurs au masochisme originaire. Et c'est au cœur de temps singuliers que nous entraînent nos patients masochistes, au cœur de situations où le moi se constitue dans des conditions particulières de désaide.

"J'ai mal", dit le masochiste. Et il s'empresse d'ajouter de différentes façons: "Vous n'y pouvez rien". Cette paradoxale demande d'aide mérite l'attention. Avec le temps, deux courants se précisent. Dans l'un, "vous n'y pouvez rien" tant ma faute est grande, irréparable. L'objet reste idéalisé mais inutilisable; le désir du sujet n'a pas droit de cité. Dans l'autre courant, le "vous n'y pouvez rien" proclame au contraire la défaillance de l'objet: "Vous me donnez de mauvais traitements, vous êtes incapable". L'objet suscite haine, rage, rancune. Le désinvestissement guette. L'un et l'autre courant participent à un "vous me faites mal" tant par l'idéal qui demeure inaccessible que par les mauvais traitements infligés. L'un et l'autre courant traduisent la perte.

Quand ce "vous me faites mal" parvient enfin à s'élaborer dans la relation transférentielle, un dégagement du rapport sadomasochiste peut être entrevu. C'est parfois là qu'une porte s'ouvre sur le jardin d'Œdipe, qui peut être exploré en tous sens comme Freud l'a mis en évidence dans "Un enfant est battu". Mais l'ouverture de cette porte peut souvent se faire attendre, alors que le "vous me faites mal" se concrétise et que la douleur s'actualise sur la scène analytique. Cette douleur semble alors durcir comme une écorce, la recherche du négatif prévaut, la détresse étouffe toute réponse, l'impuissance s'insinue partout. Le mouvement de la cure s'épuise, s'immobilise. L'emprise que nous subissons donne alors à penser à plus fort que soi, Dieu ou Diable, puissances du destin agissant dans l'ombre et rendant misérables les pauvres êtres humains: "De la misère, tu ne sortiras point..."

Le psychothérapeute ou l'analyste reste là, peu utilisé, non consommé. Le désaide crie mais reste sans réponse. La défense masochiste maintient deux courants ambivalents, l'un de surinvestissement, l'autre de désinvestissement, sans parvenir à résoudre le conflit entre eux. Leurs mouvements se nourrissent et s'emprisonnent mutuellement. "Je t'aime, moi non plus", reprenait Pontalis (Pontalis, 1988). L'objet reste primordial, mais d'aucun secours.

"L'alcoolisme de ma mère que j'ai tant voulu assumer n'est pas mien", disait une patiente. "Mais la douleur est mienne et j'y tiens." J'y tiens aussi fort que ma mère m'échappe, pourrions-nous ajouter. "Dans quel but me faisait-elle souffrir? Pourquoi m'avoir mise dans cette position?", disait encore la patiente. "Je reste sans réponse face à ses mots, face à ses gestes."

"La douleur est mienne." Par un habile renversement, elle semble ne plus être synonyme du fonctionnement psychique mais venir confirmer le moi. La défense masochiste reprend le mouvement d'institution du moi pour consolider des assises précaires en s'appropriant activement la douleur. Mais le mouvement de retournement sur soi trouve ici un destin différent. Contrairement à un encerclement en soi qui permettrait une liaison de la pulsion et son usage au service du moi, il s'agit cette fois d'une fermeture rigide qui fait figure de plâtre bétonné pour une fracture qui ne guérit pas. Le sujet s'enferme dans la répétition. "C'est un film bloqué sur une scène", disait un autre patient.

Ne nous méprenons pas: quand la patiente affirme que la douleur est sienne, le mouvement de dégagement est entrepris. Pendant de nombreuses années, elle s'était désapproprié cette douleur. Il y avait, certes, beaucoup de souffrance narrée et affichée, mais le mouvement de décharge primait. Tantôt la patiente n'était plus que cette douleur, ayant elle-même disparu comme sujet, incorporée. Une douleur tenant lieu de sujet, mais aussi, longtemps, une douleur tenant lieu d'objet, objet partiel, persécuteur, à évacuer. Plus le lien à l'objet est vacillant, fragile chez ces patients masochistes, plus la douleur occupe la scène, inscrivant à la limite un rapport strictement économique de remplissage et de décharge.

Quand la douleur devient mienne, je peux commencer à l'élaborer et à explorer l'espace qu'elle occupe. La douleur devient véritablement psychique, alors que la position masochiste maintenait le paradoxe où je souffre pour ne plus souffrir, où j'ai mal pour ne plus jamais avoir mal.

Sous cet aspect, le masochisme secondaire vient combler un défaut du masochisme primaire. Le compromis défensif permet une certaine consolidation du moi mais à l'intérieur de limites rigides ou, à l'opposé, dans le mouvement de répétition et de décharge, dans l'intolérance à l'élaboration psychique; il nous faut reconnaître là le travail de cette comparse de toujours, la pulsion de mort.

Nous y revenons, à cette fameuse pulsion de mort. Différentes pistes s'ouvrent à partir d'ici: permettez-moi de n'en mentionner qu'une, développée à partir d'indices fournis par Winnicott dans l'article que j'évoquais au début, celui sur l'utilisation de l'objet. Il y aurait lieu de développer davantage -- mais je ne puis le faire ici -- cette piste si riche cliniquement.

J'ai déjà indiqué au passage combien ces patients masochistes, malgré l'intensité de la douleur, font maigre usage de nous et de nos interventions, sinon pour confirmer leurs convictions de non-secours et de perte. L'analyste ou le thérapeute ne peut être utilisé au sens où l'entend Winnicott, au sens d'une capacité de placer l'objet en dehors de l'aire des phénomènes subjectifs. Quand la capacité d'utilisation de l'objet s'installe, celui-ci est alors réel, il appartient à la réalité partagée, il possède une existence indépendante. Il peut, de ce fait, être agent de nouveau, de différent. Cette capacité d'utilisation se développe -- voilà le point essentiel -- à partir de la survie de l'objet, malgré sa destruction par le sujet. L'objet est détruit quand il applique des représailles ou quand il change de qualité ou d'attitude. C'est là le cœur du rêve de mon avant-propos: destruction complète ne signifie plus destruction complète; survie et destruction peuvent coexister quand le rêveur parvient à réunir les parties dissociées.

"Si l'analyste est un phénomène subjectif, dit Winnicott dans une petite phrase du texte, comment se débarrasser des rebuts?", "What about waste-disposal?" (Winnicott, 1975, p. 127). Et plus loin il dit aussi: "Le mot "destruction" est nécessaire, non en raison de l'impulsion destructrice du bébé, mais de la propension de l'objet à ne pas survivre" (Ibid., p. 129).

Je vous laisse ces images: le masochisme comme un problème de restes pour l'enfant quand l'adulte ne survit pas aux mouvements pulsionnels du premier. La mort que la pulsion désignerait d'abord ici est celle de l'objet. La pulsion serait de mort pour un objet qui ne survit pas. Mais les restes, sous la plume de Freud, c'est aussi ce qui n'a pu être traduit ou lié par la représentation: c'est ce qui constitue le noyau dur de l'inconscient. Le masochisme organise, en quelque sorte, une lutte contre un excès de restes qui sont originellement ceux que l'adulte ne peut métaboliser et qu'il remet à l'enfant. L'enfant les amènera plus tard à l'analyste ou au thérapeute avec incrédulité: que faire des déchets de mort, des déchets nucléaires? Que faire d'une pulsion de mort?

J'aimerais aussi vous laisser, en terminant, un petit conte que m'a un jour apporté un grand garçon de sept ans. Cela s'intitule:

LE CRABE CRUEL

Il était une fois un crabe qui était cruel. À chaque fois qu'il voyait quelqu'un, il le pinçait. Un jour le crabe a cassé le miroir de ses parents. Il s'est dit: "Sept ans de malheur! Oh, ça va être long." Quel malheur, il n'arrêtait pas de manger les gens au lieu de les pincer. Quand ses sept ans de malheur furent terminés, ses parents ont acheté un autre miroir pour leur chambre. Mais le petit crabe s'était tellement habitué à manger, qu'il croquait toujours super fort. Les gens disaient: "Outche!" Tous les gens se tenaient loin de lui, le pauvre.

Le petit crabe ne s'est pas découragé. Il a commencé à moins pincer. Maintenant, les gens viennent plus proche de lui. Même qu'ils le touchent. Maintenant, le petit crabe est heureux.

Comme ce crabe, avec nos carapaces et nos pinces, il nous faut des miroirs cassés et des miroirs rachetés, des miroirs qui survivent, pour parvenir un jour à nous toucher sans crier: "Outche!"

RÉFÉRENCES

FREUD, S. (1956). "Esquisse d'une psychologie scientifique" in: La naissance de la psychanalyse, Paris: P.U.F.

FREUD, S. (1992). "Le problème économique du masochisme" in: Œuvres complètes, vol. XVII, Paris: P.U.F.

LAPLANCHE, J. (1967). Vie et mort en psychanalyse, Paris: Flammarion.

PONTALIS, J.-B. (1988). "Non, non, deux fois non" in: Perdre de vue, Paris: Gallimard.

ROSENBERG, B. (1991). Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, monographie de la Revue française de psychanalyse, Paris: P.U.F.

WINNICOTT, D.W. (1975). "L'utilisation de l'objet et le mode de relation à l'objet au travers des identifications" in: Jeu et réalité, Paris: Gallimard.

WINNICOTT, D.W. (1989). Psychoanalytic Explorations, WINNICOTT, C., SHEPHERD, R., DAVIS, M. (Eds.), Cambridge: Harvard University Press.

 

Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec