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INTRODUCTION

LA CONSTRUCTION DE L'ENFANT IMAGINAIRE
Robert Pelsser

Freud utilise à une reprise dans son oeuvre - dans l'article sur "L'intérêt de la psychanalyse" (G.W., VIII, 412) - la phrase devenue proverbiale de Wordsworth (Das Kind ist der Vater des Mannes), sans en mentionner cependant la paternité du célèbre poète anglais.

La vérité paradoxale de cette formule consiste à considérer l'enfant non plus comme produit, mais plutôt comme principe ou, en d'autres mots, à mettre l'accent sur la filiation psychologique de l'être humain; elle exprime admirablement le renversement opéré par la psychanalyse faisant dériver la vie psychique de l'adulte de celle de l'enfant.

Nous tenons là une des thèses centrales de la psychanalyse: "la continuité de la psyché infantile avec celle de l'adulte" (Freud). Lorsqu'il rédige son Abrégé de psychanalyse, Freud (1938) fera à nouveau allusion à ce dicton répandu: "L'enfant est psychologiquement le père de l'adulte".

Les fantasmes et la réalité psychique

La psychanalyse insiste sur la place prépondérante de l'enfance dans le destin de l'individu; elle instaure de la sorte une véritable rupture épistémologique, déplaçant l'accent de l'âge adulte aux premières années de l'existence. Une compréhension simpliste de la psychanalyse a fait dire à certains que "tout se joue avant six ans" (Dodson, 1970)- Une telle assertion sécarte des thèses de Freud qui cherche à poser les questions de façon radicale.

Tout n'est pas réglé à six ans, même si les années d'enfance seront cruciales dans la mise en place d'une structure et d'un fonctionnement psychiques qui seront typiques chezl'individu. Les expériences vécues (pour reprendre un mot à la mode) seront le résultat de stimulations tant internes qu'externes, provenant de la conjonction des pulsions et des relations d"objet en un point de rencontre nommé la scène interne. Une telle perspective dissocie la psychanalyse d'une vision réaliste et causaliste de l'histoire personnelle; nous avons affaire non pas à la causalité physique, mais plutôt à "la causalité psychique" (Lacan).

Les relations objectales et la vie fantasmatique, qui s'élaborent au cours de cette étape de l'existence, viendront colorer la conception que le sujet se fera du monde et des relations à autrui, en d'autres mots sa Weltanschauiiiig, son appréhension des choses. il n'est donc pas question d'un déterminisme inéluctable qui orienterait les faits et gestes du sujet pour le reste de ses jours (comme on le laisse parfois entendre), mais plutôt d'une certaine propension du sujet à "interpréter" et "construire" la réalité.

Les expériences vécues deviendront paradigmatiques, au sens où elles seront autant d'exemples et de preuves venant confirmer et renforcer l'appréhension subjective de la réalité.

Le sujet mettra progressivement en place une grille d'analyse à travers laquelle il donnera aux choses un sens subjectif (vrai ou faux, là n'est pas la question). Une telle grille d'analyse renvoie en dernier ressort à une structure qui a affaire avec l'inconscient, au sens où celui-ci constitue cette part "qui fait défaut à la disposition du sujet" (Lacan, 1966, p. 258) et qui explique la compulsion de répétition dans laquelle le sujet est entraîné (en ce point, l'inconscient montre son rapport essentiel à la pulsion de mort, toujours silencieuses mais agissante).

Le déterminisme (ou plutôt la surdétermination) découle de la construction des fantasmes individuels, typiques et uniques chez chaque sujet, et non pas de l'histoire objective avec ses aléas et ses hasards. Le sujet élabore des fantasmes, écrit Freud (1916-17), afin de "combler les lacunes de la vérité individuelle" (p.350).

Freud indique en clair que la réalité psychique "jouele rôle dominant" et prend le pas sur la réalité matérielle (Freud, 1916-17, p.347), au sens où les fantasmes inconscients s'appuient (si peu) sur les événements réels, ou encore peuvent les déformer , les interpréter, voire à la limite les créer de toutes pièces. Les processus inconscients - désirs et fantasmes ne tiennent pas véritablement compte de la réalité maté réalité psychique et, comme insiste psychique est une forme d'existence p confondre avec la réalité matérielle proposition signifie en clair que l'anal terrain pour se différencier d'une q comportement et du développement de La prévalence de la réalité ps prendre en compte les fantasmes origin Freud conune des structures univers d'héritage archaïque ou de patrùnoine mots comme autant de modes d' objective, indépendants du contexte sp

Les fantasmes originaires

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Le déterminisme (ou plutôt la surdétermination) découle de la construction des fantasmes individuels, typiques et uniques chez chaque sujet, et non pas de l'histoire objective avec ses aléas et ses hasards. Le sujet élabore des fantasmes, écrit Freud (1916-17), afin de "combler les lacunes de la vérité individuelle" (p. 350).

Freud indique en clair que la réalité psychique "joue le rôle dominant" et prend le pas sur la réalité matérielle (Freud, 191617, p.347), au sens où les fantasmes inconscients s'appuient (si peu) sur les événements réels, ou encore peuvent les déformer, les interpréter, voire à la limite les créer de toutes pièces. Les processus inconscients - désirs et fantasmes - ne tiennent pas véritablement compte de la réalité matérielle, mais constituent une réalité psychique et, comme insiste Freud (1900), "la réalité psychique est une forme d'existence particulière, qu'il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle" (p. 526). Une telle proposition signifie en clair que l'analyse devra se situer sur ce terrain pour se différencier d'une quelconque psychologie du comportement et du développement de l'enfant.

La prévalence de la réalité psychique oblige également à prendre en compte les fantasmes originaires qui sont considérés par Freud comme des structures universelles constituant une sorte d'héritage archaïque ou de patrimoine phylogénétique, en d'autres mots comme autant de modes d'appréhension de la ' réalité objective, indépendants du contexte spatio-temporel de l'individu.

Les fantasmes originaires ne sont pas de véritables réponses, mais simplement des semblants de réponses aux interrogations fondamentales concernant l'existence humaine. lx sujet explique son origine par une "scène orig@e" (Urszene), l'origine de la différence sexuelle par la castration (le sexe étant la division de l'androgyne; secare, section, sexe), et l'origine du désir sexuel par la séduction provenant de l'autre. Les fantasmes originaires sont ainsi des tentatives d'explication concernant les origines du sujet, de la différence des sexes et du désir (Lapianche et Pontalis, 1964).

Les fantasmes individuels cachant/dévoilant le désir singulier du sujet, tout comme les fantasmes originaires qui sont "des structures irréductibles aux contingences du vécu individuel" (Lapianche et Pontalis, 1967, p.159), démontrent clairement le poids de la réalité psychique venant déterminer le destin du sujet, plus ou moins indépendamment des événements objectifs, et donc de la réalité matérielle.

Le statut du fantasme, en tant que construction ou reconstruction, montre ainsi l'écart radical entre la perspective psychanalytique et la perspective psychologique qui se baserait strictement sur l'observation du comportement et du développement (à laquelle veulent parfois la ramener ou la réduire certains auteurs, même d'inspiration analytique) (Widlôcher, 1979).

Il existera toujours quelque chose d'ifféductible à l'observable, au mesurable et au quantifiable, à savoir le fonctionnement psychique, la scène interne, la vie fantasmatique. C'est là que se situe la spécificité de la perspective psychanalytique.

La construction et l'après-coup

Si la réalité psychique doit ainsi être remise à sa place, il faut comprendre que les patients se remémorant les souvenirs au cours de l'analyse ne rapportent pas les événements tels qu'ils se sont produits, mais plutôt tels qu'ils ont été vécus. Une question cruciale se pose en effet régulièrement au sujet des souvenirs: correspondent-üs fidèlement aux événements réels? ou bien s'agit-il d'une version subjective des événements?

Les souvenirs infantiles rapportés en cours d'analyse se basent partiellement sur la réalité matérielle, mais sont surtout tributaires de la réalité psychique, tout comme le rêve et encore davantage le récit du rêve se basent sur les restes dîumes, mais sont surtout l'expression du désir du sujet. Ainsi, les souvenirs d'enfance ne sont souvent qu'une construction ou une reconstruction à partir de fragments, éventuellement infimes, de la réalité matérielle.

Les thèses de Viderman (1970) ont clairement insisté sur le fait que reconstruire l'histoire signifie en fait la construire. Il ne s'agit pas tant de rechercher la vérité historique, mais plutôt la vérité du sujet puisque l'analyse se déroule dans le registre de ce qui est mi-vrai, mi-faux (ni vrai, ni faux) si l'on retient comme critère la vérité scientifique (Pelsser, 1990).

Le travail d'élaboration du matériel infantile apparaît au cours de l'analyse des patients adultes où le temps, fait de ressassement et de répétition, aura fait son oeuvre, mais aussi à un moindre degré au cours de l'analyse d'enfants chez lesquels les processus inconscients et fantasmatiques s'immiscent grandement dans le contact avec la réalité et la relation à autrui.

Freud insiste à plusieurs reprises sur l'après-coup (de façon substantive: Nachtrâglichkeit): les expériences vécues et les traces mnésiques qui en découlent sont littéralement remaniées et réinterprétées à partir des expériences nouvelles et ultérieures. Freud souligne ainsi comment le présent agit sur le passé (alors qu'une compréhension simpliste de la psychanalyse ne retient que l'action du passé sur le présent, dans une perspective linéaire et déterministe). L'histoire du sujet sera ainsi faite de mouvements de rétroaction par lesquels les événements passés prennent sens et effet - après coup -à partir d'événements présents (nous sommes de nouveau loin d'une causalité physique comme dans le monde des sciences naturelles).

 

Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec