Mot
d'ouverture 12e Colloque
L'agir
dans le cadre de la thérapie analytique
Monique Sabourin
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Le
thème de notre journée "L'agir
dans le cadre de la thérapie analytique"
donne lieu à des réflexions qui nous
interpellent tous,
psychothérapeutes/psychanalystes, dans notre
travail quotidien.
Dans le
cours de toute thérapie, la mise en scène de
moments traumatiques qui sont la répétition
dexpériences anciennes blessantes provoque
parfois des agirs transférentiels plus bruyants
que dautres. Freud, dans son article sur la
technique psychanalytique "Remémoration,
répétition, élaboration",
introduit la notion d"agieren"
où le patient traduit en actes ce dont il ne se
souvient pas et il le traduit à légard de
la "personne du médecin".
Ces agirs transférentiels où lanalyste,
sensible devant lincapacité du patient à
transformer, à symboliser ces mises en acte,
éprouvera la force de ce mouvement sans
nécessairement comprendre ce qui se passe,
allant même jusquà se sentir lui-même
incapable de penser.
Dans un rapport plus ou moins éloigné avec la situation
transférentielle, jaimerais partager avec
vous quelques réflexions sur les effets
quun événement inhabituel, la tempête de
verglas de janvier dernier, peut avoir sur notre
vie psychique.
Tout dabord, rappelons que face aux catastrophes
naturelles, nos repères quotidiens
seffondrent et nous devons nous mobiliser
corps et âme pour survivre. Si, dans la
situation analytique, lagir est un
substitut ou une tentative larvée devant
limpossibilité délaborer
psychiquement lacte, un agir nécessaire à
la survie prend un tout autre sens. La nature qui
nous menace et contre laquelle nous nous
défendons nest pas une personne qui peut
répondre à nos appels mais ce sont des
éléments naturels qui nous accablent et nous
terrorisent.
En effet,
nous résisterons psychiquement à ces
bouleversements en nous appuyant sur notre
capacité à passer dune position passive
où la pensée est sidérée, gelée sous le choc
de la répétition des effets néfastes du
verglas, à une position active où lacte
posé permet de se sentir en vie et de
transformer la sidération initiale en la
perlaborant. Lurgence de se "mettre en
mouvement" pour ne pas mourir nous fait voir
la nécessité dagir comme un acte ayant
une valeur économique de décharge dont le but
est de sauvegarder le fonctionnement de
lappareil psychique.
Soumis aux
forces de la nature qui semblent parfois agir
contre nous comme des forces maléfiques, nous
régressons dans un monde primitif. Pour arriver
à conjurer notre sort, nous devrons parvenir à
maîtriser passivement ou activement une pensée
réactive automatique, qui engendre les actions
nécessaires à la survie, par exemple la
recherche de la chaleur, la nécessité de
trouver de leau potable.
Mais,
qu'est-ce que cette pensée réactive? On peut
supposer qu'elle est une réponse en lien direct
avec une pensée magique qui fait croire à
l'homme qu'il est "démuni,
impuissant face à la destruction de son
environnement". Cette
pensée automatique pousse à agir rapidement
pour se protéger du froid, peut-être de la
mort, et elle maîtrise les angoisses
persécutrices éveillées par l'envahissement
répétitif que subit l'appareil psychique.
En effet,
devant le bruit du craquement des arbres, devant
l'effondrement des lignes électriques sous le
poids du verglas, la vue de ce spectacle
désolant, apeurant, rend notre monde sensoriel
incapable dabsorber le choc.
Leffraction du système perceptif ébranle
le moi qui risque de perdre tous ses moyens de
façon soit transitoire, soit définitive et de
ne plus avoir dautre issue que de se
soumettre à son destin. La pensée réagit aux
événements immédiats en induisant des
réponses automatiques qui cherchent à protéger
le moi en danger. L'entendu et le vu ne peuvent
alors être organisés par la pensée et l'action
vise à lutter contre l'anéantissement. Elle est
au service du réflexe d'autoconservation.
Pour que
la vie psychique reprenne son rythme propre, nous
devrons passer du regard sidéré sur cette
nature aimée et dévastée à un regard où la
pensée se remet en mouvement, permettant de
restaurer quelque chose de la toute puissance
infantile ébranlée par les événements. Le
sujet peut alors se réapproprier son
expérience, reprendre le parcours d'un processus
associatif plus créateur où le jeu, la
mobilité des investissements et des fantaisies
seront permis.
Il
s'instaurera un mouvement alternant entre les
représentations, l'affect et l'agir. Ceci
ouvrira vers un réaménagement où il sera
possible de maîtriser l'angoisse et de la fixer
à des représentations.
Il sera
alors possible d'arriver à une présence à soi
où le rapport perception/conscience sera un lien
non plus uniquement avec les effractions,
l'angoisse de la mort, mais aussi avec la
mémoire et les pulsions de vie. Ceci amène à
une appréhension plus modulée de la réalité.
Dans un premier temps, les gestes quotidiens
nécessaires à la survie étaient chargés
d'angoisse, de mort, alors que lorsque la survie
est assurée, ces mêmes gestes seront davantage
liés à un jeu de la pensée au plaisir de
pouvoir survivre avec ses propres moyens. Les
éléments de la nature ne sont plus des dieux:
le moi se regaillardit et redevient le héros de
la tragédie. Il a perdu des plumes mais il n'a
pas tout perdu.
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