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« Si vous voulez en savoir plus sur la
féminité, interrogez vos propres
expériences de la vie ou adressez-vous aux
poètes2 », concédait Freud en 1932.
Étrange constat dans la bouche de celui
pour qui, après trente années d'études,
l’âme féminine restera un « continent noir
». Même si depuis, un long chemin a été
parcouru quant aux représentations du
féminin, cette question continue de
diviser les psychanalystes. Freud a
élaboré une théorie masculine/phallique de
la psychosexualité, le féminin étant
appréhendé à partir d’un manque, le
pénis-phallus, « ce petit morceau estimé
par-dessus tout ». L’avoir ou pas, telle
était la question. C’est à partir de
l’angoisse de castration du garçon,
angoisse dont serait dépourvue la fille,
que s’est élaborée cette représentation
amputée du féminin. L’allégation selon
laquelle les organes sexuels féminins,
parce que cachés, ne seraient découverts
qu’à la puberté, ne pèche-t-elle pas par
excès d’anatomisme sous-estimant la part
du fantasme si centrale en psychanalyse ?
Dès lors, comment pourrions-nous penser
une angoisse de castration au féminin ? La
femme n’aurait-elle rien à perdre hormis
l’amour ? Bien qu'à l’envie du pénis, on
oppose aujourd'hui l’envie des hommes à
l'égard des femmes, envie de la puissance
de procréation, envie de la jouissance
féminine, notre théorie ne «
souffre-t-elle » pas encore de l’héritage
freudien ? Pourrions-nous penser à une
conception du féminin en rapport étroit
avec la constitution d’un sujet
psychosexuel ? La question du féminin et
de la sexualité féminine renverrait alors
aux origines de la vie psychique quand l’infans
fait l’expérience de la passivité et de la
soumission au désir de l’adulte, prélude
de la position féminine : au début, l’Hilflosigkeit,
l’impuissance du petit d’homme. Nourrisson
effracté ou femme pénétrée, pour certains
l’un renverrait à l’autre. Dès lors, ce
qui a trait au féminin dans les deux
sexes, et qui nous renvoie au fameux « roc
de l’inanalysable », serait-il cette
mémoire d’une première rencontre avec une
imago maternelle toute-puissante,
rencontre primordiale, charriant avec elle
son lot d'angoisses primitives ? Quel
est-il ce chemin qui mène à « être une
femme » ? Quel rôle jouent, dans ce
devenir, les communications sensuelles et
libidinales entre la mère et sa petite
fille ? De l’attachement préoedipien à la
mère résultera un lien fortement marqué
par l’ambivalence. Dans ce contexte, que
dire du mode et de la qualité de la
transmission du féminin de la mère à la
fille ? Quel sera l’impact de la
représentation que la mère se fait de son
sexe et de sa propre féminité ? Parlant de
« l’ineffable du féminin3 ... », Florence
Guignard le compare au sourire du chat
dans Alice aux pays des merveilles, un
sourire étrange, indéfinissable,
fascinant, qui demeure suspendu quand tout
le reste a disparu... N'est-ce pas là ce
qui touche à l'essence du féminin : le
mystère, ce qui échappe à la saisie
immédiate du regard, de la pensée ? En
cela, le féminin et l'inconscient auraient
partie liée. |
DURAS, MARGUERITE (1982). La maladie de la
mort, Minuit, Paris.
FREUD, SIGMUND (1932). La féminité dans
Nouvelles conférences d’introduction à la
psychanalyse, Gallimard, Paris, 1989.
GUIGNARD, FLORENCE (1997). Le sourire du
chat dans Êpitre à l’objet, PUF, Paris
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